SAN YIN JIAO 6Rt

San Yin Jiao 6Rt    par Jean Pélissier professeur en MTC 

San Yin Jiao signifie « croisement des 3 Yin ».

Il s’agit du croisement des trois méridiens Yin du pied.

Nous allons voir que ce point est très important pour traiter tous les symptômes du foyer inférieur.

Son champ d’application est très large. C’est un des points maîtres en gynécologie.

D’après les statistiques, San Yin Jiao fait partie des points le plus souvent utilisés. Pour des effets prophylactiques on peut soit le poncturer, soit le chauffer au moxa ou le masser.

Localisation

Il est situé à la face interne de la jambe, à trois distances du sommet de la malléole interne, en arrière de la partie interne du tibia dans une dépression au bord de l’os.

On doit bien sentir une petite encoche sous le doigt et ce point est très souvent douloureux à la palpation.

Caractéristiques

C’est le point de Réunion des méridiens de  la Rate, Zu Tai Yin,
et du Foie Zu Jue Yin et des Reins, Zu Shao Yin. On l’appelle encore « point Luo de groupe des Yin du membre inférieur »

Fonctions thérapeutiques

  • Il renforce la Rate et draine l’humidité.
  • Il tonifie la Rate qui renforce le Qi du poumon.
  • Il tonifie le Foie et renforce les Reins.
  • Il élimine les éléments impurs et l’humidité par la diurèse.
  • Il harmonise le sang.

  • Il traite les problèmes du petit bassin.
  • Il soutient le travail de transport et de transformation de la rate.
  • Il désobstrue les méridiens et active les Luo.

Principales indications

  • Irrégularités menstruelles, Yue Jing Bu Tiao
  • Douleurs menstruelles, Tong Jing
  • Hémorragies utérines, Beng Lou
  • Pertes blanches et rouges, Chi Bai Dai Xie
  • Aménorrhées, Jing Bi
  • Grosseurs abdominales, Zheng Jia
  • Prolapsus du col utérin, Yin Jing
  • Difficulté de l’accouchement, Nan Chan
  • Stérilité, Jiu Bu Cheng Yun
  • Impuissance, Yang Wei
  • Éjaculation précoce, Zao Xie
  • Hernie, Shan Qi
  • Énurésie, Yin Nia
  • Blocage urinaire, Niao Bi
  • Œdème, Shui Zhong
  • Dysfonctionnement urinaire, Xia Bien Bu Li
  • Faiblesse de la Rate-Estomac, Pi Wei Xu Ruo
  • Borborygmes, Chang Ming
  • Distension abdominale, Fu Zhang
  • Diarrhée, Xie Xie
  • Eczéma, Shi Zhen
  • Urticaire, Xun Ma Zhen
  • Insomnie ; Shi Mian
  • Céphalées, Tou Tong
  • Vertiges, Tou Yun
  • Douleurs rhumatismales du pied.

Contre-indication

Ce point est à éviter chez les femmes enceintes.

Quelques fonctions thérapeutiques

*C’est un point très important en gynécologie. C’est même le point le plus important.

*Ce point peut à la fois reconstituer les états de déficience et disperser les états de plénitude. Il abaisse les éléments Yin impurs et en même temps, fait monter le Qi et le sang jusqu’à la tête. Il va avoir une action très importante sur les maux de tête:

-En cas de céphalées latérales ; utiliser le 6Rt du même côté.

-En cas de maux de tête bi-latéraux ou diffus dans l’ensemble de la tête, prendre le 6Rt des deux côtés.

 

Le LITCHI

Le LITCHI

par Jean Pélissier professeur en MTC

Le Litchi de Chine, se nomme Li Zhi en chinois.

Il provient d’un arbre fruitier de la famille des Sapindaceae qui est une plante tropicale. C’est un arbre qui peut atteindre jusqu’à 15 mètres de haut et vivre plusieurs centaines d’années. Chaque arbre peut alors donner de 100 à 150kg de fruit par an !

C’était un fruit purement asiatique, mais qui est maintenant consommé et connu de tous.

La partie comestible en tant que fruit est l’arille très juteux, c’est-à-dire l’enveloppe charnue qui se développe autour du noyau. Il fait partie de la même famille que le longane ou longani et le ramboutan ou le « litchi chevelu ».

C’est une sphère de 3-4cm de diamètre, parfois en forme de cœur entourée d’une enveloppe coriace d’aspect écailleux qui prend une couleur rose à rouge à maturité.

Sa culture en Chine remonte à plus de trois mille ans. Ces origines sont mystérieuses. Certains disent qu’il vient de la province de Guangdong, d’autres du Sichuan. C’était un fruit très apprécié, et même vénéré des empereurs chinois. Des messagers spéciaux devaient se relayer nuit et jour pour livrer les fruits les plus frais possible du Sud vers le centre pour les caprices d’une reine. D’où un proverbe chinois : « rapide comme un courrier de litchi »

Il est considéré comme fruit porte-bonheur. Il est coutume d’offrir ce fruit au moment du Nouvel An chinois.

À la moitié du 18e siècle, il fut importé à l’île de la Réunion, puis à Madagascar. En dehors de la Chine, ce sont ces deux îles qui sont les principaux producteurs de ce fruit très goûteux. Mais il est aussi importé d’Indes et des Philippines.

Il est dit que c’est un fruit, qui aide à nous faire supporter l’hiver, et ce, du fait de sa nature tiède en MTC. On le trouve très facilement chez nous de novembre à février.

Dans l’antique médecine chinoise, toutes les parties de l’arbre sont utilisées en pharmacopée. Mais pour ce qui nous intéresse ici, c’est le fruit qui est très connu pour ses propriétés diurétiques, fébrifuges, astringentes et antalgiques. Il soigne les maux de gorge, favorise le transit intestinal et améliore la digestion.

Que dit la médecine chinoise ?

Le Litchi est de nature Tiède et de saveur Douce et Acide.

Nous savons que les aliments de nature tiède réchauffent l’organisme et stimulent les fonctions vitales. Ils conviennent parfaitement par temps froid. Ils conviennent quand des signes de froid sont présents dans le corps, comme les mains et pieds froids, ou en cas de paresse intestinale par « froid interne ».

La saveur douce permet d’harmoniser, d’humidifier et de nourrir le corps. Elle appartient au logiciel Rate-pancréas. La saveur acide qui est à mettre en relation avec le Foie permet « d’absorber », de retenir et de « consolider » les liquides du corps.

Les organes méridiens où vont se diriger principalement ses effets sont ceux :

  • De la Rate
  • Du Foie

Ces actions principales sont :

  • De produire les liquides organiques
  • Il est dit qu’il est utile au sang
  • De réguler l’énergie, le Qi
  • De calmer les douleurs.

En pharmacopée chinoise Li Zhi est utilisé en cas de :

  • Soif excessive
  • Éructations fréquentes
  • Douleurs gastriques
  • Difficultés à digérer
  • Nausées et vomissements
  • Furoncles (application locale)
  • Douleurs dentaires dues au Feu du Vent.
  • Adénites
  • Hémorragies externes post-traumatiques (application locale)

*Dans le Shi Liao Ben Cao il est dit : « Li Zhi aide la mémoire et l’intelligence et tonifie le Qi ». En ayant une action directe sur l’énergie de la Rate, il permet en effet de réguler celle-ci. Or il est dit en MTC que l’énergie de la Rate gouverne les pensées, mais aussi la concentration qui est une première étape vers la mémorisation. D’autre part, la Rate qui est le chef d’orchestre de la digestion du bol alimentaire est la source de la production de Sang et d’énergie dans l’organisme.

*Dans le Ming Mu : « Il favorise l’éclosion des maladies éruptives chez les enfants». C’est un rôle très important. Ceci est dû en partie à sa saveur, mais aussi, selon la théorie des signatures à sa couleur rouge qui se dirige vers le sang.

*Dans un autre compendium, le Quan Zhou Ben Cao, il est dit : « Les litchis tonifient le Yang et sont utiles au Qi. Ils tonifient le foyer moyen (rate-estomac) et clarifient les Poumons. Ils produisent les liquides organiques et désaltèrent. Enfin ils adoucissent la gorge ».

*De la pulpe de litchi (l’équivalent de 5 fruits) appliqué une heure par jour pendant un mois est très efficace contre les rhumatismes du genou.

Que disent les recherches modernes ?

*C’est une excellente source en Vit.C. Par là même, il a un rôle antioxydant non négligeable et il diminue le stress oxydatif. La vit.C maintient l’intégrité de la peau, aide à la cicatrisation des plaies, protège les cellules contre le vieillissement prématuré causées par les radicaux libres et favorise les fonctions immunitaires.

*C’est une grande source en potassium qui permet de maintenir l’équilibre acido-basique dans le corps, de contrôler le pH à l’intérieur des cellules. Mais aussi il participe au bon fonctionnement des reins et des glandes surrénales. Il diminue l’apparition des maladies cardio-vasculaires et est essentiel dans les mécanismes de constructibilité musculaire.

* Il est conseillé aux femmes qui suivent un régime pour perdre du poids. Il stimule la production de collagène qui est responsable de l’élasticité de la peau. Il régénère également les cellules épidermiques. De plus, il est recommandé aux femmes enceintes et aux enfants en pleine croissance, afin d’aider leur développement grâce à ses nutriments. 

*Grâce à sa propriété stomachique, il s’avère efficace pour lutter contre les douleurs de l’estomac tout en régulant l’appétit. D’un autre côté, les fibres facilitent le transit intestinal.

Mode d’utilisation

*Dans la pharmacopée traditionnelle, en usage interne on pourra faire une décoction de 5 à 10 fruits. On peut aussi griller ces fruits et en fabriquer une poudre. Pour augmenter leur nature « Yanguisante », on pourra aussi les préparer dans de l’alcool.

*En application externe locale, on pourra utiliser la poudre mouillée, ou le broyat du fruit.

*On peut aussi utiliser le noyau de litchi qui est doux, âpre et tiède. Il s’appelle alors Li Zhi He. Il entre aussi dans le méridien du Foie, mais aussi des Reins. Il « tiédit » donc le foyer moyen, harmonise le Qi, calme les douleurs et chasse le froid pervers.

Il est alors indiqué dans les douleurs épigastriques chroniques et récidivantes, les douleurs herniaires, les douleurs par stagnation de sang et d’énergie au niveau du Foie, lié à des émotions intériorisées, surtout chez les femmes. Il est contre indiqué en cas d’humidité-froid interne avec diarrhées.

La posologie est de 10-12gr par jour en décoction. Il entre dans la pharmacopée chinoise dans la composition de nombreuses pilules et poudres.

*Mais bien sûr le litchi peut se manger comme n’importe quel fruit. Il peut se consommer tel quel, mais entre aussi dans la composition de nombreuses recettes. Sa chair peut être mixée. Attention de ne pas consommer trop de jus, car cela risque de se retourner contre l’organisme.

*Frais, à température ambiante, il faut le consommer dans les 48h, sinon il fermente et devient acide. Il peut se conserver au réfrigérateur dans un sac en plastique perforé pendant plusieurs semaines, ce qui est rarement le cas, car il est difficile d’y résister !  Pour le consommer, on retire la coque avec les doigts ou un couteau en prenant soin de ne pas couper la chair.

*On peut aussi le trouver en conserve

*Les litchis séchés peuvent être dégustés comme des raisins secs ou ajouter dans certaines boissons à la place du sucre.

Contre-indications

Il convient de ne pas en consommer en excès en cas de Feu dû au vide de Yin, par exemple en cas de bouffées de chaleur.

L’abus de litchi  peut augmenter les phénomènes de chaleur, les inflammations. En trop grande quantité, il peut donner des gingivites et des épistaxis.

Conclusion

Une fois n’est pas coutume, nous avons là un fruit qui était purement chinois. On le retrouve d’ailleurs dans de très nombreux compendiums de pharmacopée traditionnelle.

C’est un fruit qui a su s’exporter dans le monde entier, et qui ne laisse pas indifférent nos papilles gustatives.

Oui, mais qui dit plante médicinale sous-entend évidemment quelques règles à suivre quant à sa consommation : pas après un repas, mais entre.

Attention au quantitatif, et éviter d’en prendre tous les jours.

 

La Pratique du Qi-Gong

La pratique du Qi Gong      par Jean Pélissier professeur de MTC

 

En quoi la pratique des Qi Gong diffère-t-elle d’un simple exercice de gymnastique ?

On peut considérer qu’il y a trois niveaux dans la pratique d’une série de Qi Gong.

Le premier niveau peut effectivement nous faire penser à un mouvement de gymnastique. Le but alors n’est pas obligatoirement de renforcer la masse musculaire, mais avant tout de conserver la souplesse des articulations.

Nous savons que la source première de quasi toutes les pathologies internes est à mettre en relation avec ce que l’on appelle en M.T.C. une « stagnation de sang et d’énergie », génératrice de la trilogie : Rubor, Calor, Dolor : inflammation, gonflement et douleur.

Nous avons vu aussi que la surface de l’organisme est mise en relation avec les organes internes grâce aux fameux méridiens énergétiques.

La conservation de la souplesse des articulations, grâce à une pratique régulière d’une série de Qi Gong, va avoir un retentissement direct sur le fonctionnement des organes internes.

En effet une stagnation au niveau des organes va favoriser une raideur au niveau des articulations. Inversement, une libération des articulations va permettre de débloquer les organes internes.

Un exemple type parmi tant d’autres :

À force d’émettre en permanence de la colère qu’elle soit intériorisée ou extériorisée, une tension va se produire le long du méridien de la vésicule biliaire, qui passe, entre autres au niveau du cou.

Une raideur va s’installer dans cette région pouvant dégénérer vers des problèmes de cervicalgies chroniques ou aiguës, des brachialgies, des inflammations du canal carpien et j’en passe.

Si au quotidien, grâce à certains mouvements, on conserve la souplesse des cervicales, localement, il n’y aura plus de douleurs, mais cela aura aussi un impact direct sur la libération de sang et d’énergie au niveau du «
logiciel foie ».

Cela sous-entend :

qu’une bonne série de Qi Gong doit être à même de faire travailler au cours d’une même séance, toutes les articulations, agir sur tous les méridiens et de ce fait agir sur les cinq logiciels organes.

C’est d’ailleurs ce que l’on retrouve dans toutes les grandes séries traditionnelles (les huit embellissements, les cinq animaux, etc..).

Si on en reste à ce premier niveau, à savoir donc celui de la conservation de la souplesse des articulations, une série de Qi Gong serait un « banal » exercice de gymnastique.

Allons donc plus loin. Nous avons tous remarqué que la pratique d’une série se faisait très lentement. Ce qui d’ailleurs dérange souvent l’Occidental pour qui tout doit être fait et obtenu de façon

« speed ».

La raison de cette lenteur vient du fait que lors de la pratique, le mouvement est totalement dirigé par la respiration. Or, comme la respiration est lente, le mouvement est lent. Expansion-contraction, dilatation-concentration, ouverture-fermeture, inspire-expire, à l’instar d’un soufflet de forge, la respiration va devenir le moteur de la libre circulation du sang et de l’énergie dans l’organisme.

Un quart d’heure de pratique quotidienne de Qi Gong va générer une centaine de respirations conscientes. C’est autant de pris pour favoriser la recharge de notre batterie des reins.

Donc, la deuxième étape du Qi Gong, c’est d’être une pratique purement basée sur la respiration, extraordinaire moyen d’apprendre à vivre en pleine conscience chaque instant présent.

Il existe un troisième niveau dans la pratique. Une fois le mouvement bien assimilé, une fois la respiration bien installée, la pratique du Qi Gong va devenir une véritable pratique de méditation en mouvement.

L’observateur extérieur ne va percevoir qu’une pratique exotérique, mécanique. Le pratiquant, lui, est déconnecté de son espace-temps. Il se crée à ce moment-là un entonnoir qui va mettre en relation la sphère de son conscient avec son subconscient le plus profond, que certains assimilent au « Hun » de la médecine chinoise.

Chacun d’entre nous possède au plus profond de lui, de multiples dons. Et ces dons peuvent « remonter à la surface » au cours d’une pratique régulière. Mais sans aller si loin, cette pratique quotidienne va vous permettre d’arrêter votre ordinateur central, de mettre fin à l’excès de pensées qui envahissent votre écran radar. Petit à petit, vous allez apprendre à vivre en pleine conscience et par là même redevenir le général en chef du fonctionnement de votre corps. Grâce à « ici et maintenant », je suis capable de m’arrêter à la première image d’une colère et éviter de déclencher un tsunami mental, professionnel ou familial…