La PASTÈQUE

LA PASTÈQUE, Xi Gua        

par Jean Pélissier professeur en MTC

La pastèque, Xi Gua fait partie de la famille des Cucurbitacées.

Appartiennent aussi à cette famille la citrouille, le potiron, la courgette ou le melon.

Elle est originaire d’Afrique. En Égypte, il y a plus de 5000 ans, les paysans étaient tenus d’offrir de la pastèque aux voyageurs assoiffés. 

Le mot pastèque est apparu en France en 1512. Au Québec, on l’appelle « melon d’eau », du fait qu’elle regorge d’eau. En Anglais, cela a donné « watermelon ».

Il en existe plus de 50 variétés. Pour la petite histoire, les Japonais la font murir dans un récipient carré en verre, pour en faciliter le transport…

Xi Gua pousse donc dans les climats chauds. Son écorce excessivement dure et épaisse la protège et permet à la pastèque, sous ces climats extrêmes, de se gorger d’eau.

Elle joue en effet un rôle de premier plan dans la diététique des pays pour qui l’eau est un facteur de survie.

Que dit la médecine chinoise ?

La saveur de la pastèque est douce et insipide.

Sa nature est excessivement froide.

Je vous rappelle qu’un aliment de nature froide a comme propriété :

                  De clarifier la chaleur. On entend par là qu’elle permet d’évacuer, de diminuer fortement les états de chaleur pathogène.

                  Cette nature froide permet aussi d’humidifier la sécheresse,

                  de générer les liquides organiques et

                  de rafraîchir le sang.

Les méridiens et les organes cibles sont ceux de :

                  L’estomac,

                  du cœur et

                  de la vessie

*Lorsque l’on est exposé à la canicule, de par son action rafraîchissante et désaltérante, elle permet de régénérer les liquides organiques, d’arrêter la soif.

*Elle est très utile en cas d’un coup de chaleur, avec des symptômes tels que de la fièvre, de la soif, de l’agitation que l’on appelle Xin Fan en chinois, une gorge enflée et douloureuse.

*Nous avons vu qu’un des organes-méridiens, cible de la pastèque, est le Cœur. Il est dit qu’elle « clarifie le cœur ».

Le Cœur en MTC est le maître du Shen, de l’Esprit et gouverne toutes les émotions.

En cas de « Feu du Cœur » causé donc soit par des états émotionnels exacerbés, soit par des causes climatiques (le cœur est à mettre en relation avec le feu, le rouge et l’été), mais aussi des causes d’origine alimentaire, on peut se trouver en présence de symptômes caractéristiques comme des glossites et des aphtes. En effet, la langue est l’ouverture du Cœur en MTC.

A ce propos, il existe une préparation très connue en Chine, que l’on appelle « watermelon frost ». C’est de la poudre de pastèque, en particulier de la peau de la pastèque, qui a une action beaucoup plus importante que la pulpe.

En cas d’angine, de gingivite, d’aphte, d’amygdalite, on vaporise de cette poudre sur la zone enflammée, on la dilue et on l’avale très lentement.

On obtient ainsi d’extraordinaires résultats sur cette extériorisation du « Feu ». (Très facile à se procurer sur internet).

 

 

 

 

 

*Agissant sur le méridien de la vessie, le melon d’eau est un excellent diurétique.

*Il a une action de premier plan lorsque l’on se trouve devant des cas de miction peu abondante, ou difficile.

Dans le « logiciel-organe » Cœur, nous avons l’organe Yin qui est le Cœur, et l’organe Yang qui lui correspond est l’Intestin grêle. Or, il est dit en MTC que cet organe « régit l’élimination des liquides ».

Donc, quand on se trouve en présence d’un feu du Cœur, il va y avoir un retentissement sur le système urinaire.

On peut se trouver aussi directement en présence d’une « chaleur-humidité » dans le foyer inférieur qui génère ce type de problème mictionnel. C’est le cas par exemple des prostatites.

*Une autre action intéressante, c’est d’atténuer de manière très notoire les effets secondaires de l’alcool.

*Xi Gua est très intéressant dans le cas d’asthme, où prédominent des symptômes de chaleur. Dans ce cas, les médecins chinois peuvent facilement demander au patient de boire du jus de pastèque frais et sucré pendant une semaine, à raison de deux verres par jour .

*J’en profite pour vous parler ici d’une notion le plus souvent occultée en Occident : c’est celle de « maladie à effet retard ».

En effet, la médecine chinoise explique que certaines perversités climatiques comme le vent, le froid, l’humidité, la chaleur, peuvent pénétrer dans l’organisme sans causer de symptômes directs.

Elles y séjournent de « manière cachée », Fu en chinois.

Et quelques semaines ou mois après, suite à des conditions climatiques ou autres adéquates, ces perversités remontent à la surface.

Dans le cas présent, si nous nous sommes exposés trop souvent à de très fortes chaleurs, cette perversité peut stagner dans l’organisme et resurgir en octobre, novembre sous forme de chaleur : maux de gorges, aphtes, et autres symptômes précités.

Toutes les familles chinoises connaissent cela. Elles savent mettre une véritable politique de prévention en action.

Pendant une dizaine de jours à la fin août, elles ont l’habitude de consommer régulièrement de la pastèque l’après-midi, ou un quart d’heure avant le début d’un repas.

Cette consommation permet littéralement d’éliminer, d’expulser cette chaleur résiduelle et donc de se prémunir de telles complications.

Ce n’est pas pour rien que la période d’apparition  de la pastèque se situe en août, septembre et octobre.

Que disent les recherches modernes ?

*La pastèque contient un antioxydant sous forme de caroténoïdes. Entre autres, le lycopène qui est un hypocholestérolémiant, anti-inflammatoire et qui empêche la formation de certaines cellules cancéreuses.

*Il a clairement été établi un lien entre la consommation de pastèque et la diminution du taux de cancer de prostate.

On peut aussi mettre en évidence que la consommation de pastèque était très intéressante dans les cas d’hépatites, de cholécystites, de néphrites, de poly néphrites aiguës ou chroniques, d’œdèmes et d’hypertension artérielle.

*Elle peut être intégrée dans les régimes des diabétiques, car elle est très peu hyperglycémiante.

Mode de consommation

*La pastèque ne doit pas se prendre glacée, mais juste fraîche.

*Elle peut être prise telle quelle, ou sous forme de jus.

*Si on désire la couper à l’avance et la conserver au réfrigérateur, il faut la consommer dans les quatre jours qui suivent, pour qu’il n’y ait pas de déperdition de ses propriétés.

*ll faut consommer la pastèque seule, en dehors des repas, trois heures après ceci Au goûter par exemple, ou un quart d’heure avant un repas, mais jamais après.

Contre indications

*Il s’agit donc d’un fruit de nature très froide et humidifiant. Il est fortement déconseillé d’en prendre quand on se trouve en présence d’un vide de Yang de Rate et d’Estomac, ou d’une accumulation de froid dans le foyer moyen avec présence de selles molles pluri quotidiennes, de diarrhées chroniques.

Dans le BEN CAO de GANG MU, sous la dynastie des Ming, il est dit : « La pastèque est froide en nature. Les gens ordinaires pensent que cela les rafraîchit et leur apporte satisfaction en excès sans savoir qu’ils détériorent leur Rate et stimulent l’humidité ».

*Elle est aussi déconseillée en cas de vide d’énergie, de fatigue ou de frilosité, dans les états de convalescence. De même, les femmes après l’accouchement ou au moment des règles devraient éviter d’en consommer.

*Bien sûr, il faut de nouveau appliquer la règle : « Fruits de saison et de région ». Il convient donc de ne pas consommer en hiver, ou dans un climat par trop humide.

Conclusion

L’étude de ce fruit nous a fait toucher du doigt l’importance d’avoir accès aux  règles de base de la diététique, comme la loi des trois heures, la non-prise de fruits après un repas et la consommation de fruits et de légumes de saison et de région.

Mais surtout j’ai abordé dans cette étude la notion de « maladie à retardement » et l’importance de consommer de la pastèque en fin d’été, surtout si nous avons été exposés à de fortes chaleurs. Cette consommation permet d’éliminer la chaleur résiduelle qui pourrait « remonter à la surface » en automne.

 

Le CHAMPIGNON Noir

LE CHAMPIGNON NOIR CHINOIS

par Jean Pélissier professeur en MTC

Le champignon noir chinois s’appelle Hei Mu Er. Hei signifie noir, Mu, bois et Er, Oreille.

Dans nos contrées on le trouve sous l’appellation « d’oreille-de-Judas » ou « oreille du diable ».

C’est une espèce de champignon comestible du genre Auricularia. En japonais, il s’appelle Kikurage.

C’est un champignon parasite du bois. En effet il pousse en hiver et au printemps sur les troncs des vieux sureaux, des hêtres, des noyers, des saules, des fusains.

Cependant, il n’est cultivé qu’en Asie pour ses vertus médicinales. Il est dit « saprophyte » car il se nourrit des matières organiques en décomposition.

Il se présente comme une coupe de 2 à 6 cm qui s’étale avec des sinuosités et des lobes. Sa chair est translucide, gélatineuse, ferme et élastique. Certains ressemblent à s’y méprendre à une oreille, d’où le nom d’oreille-de-Judas. Il a la particularité d’être très riche en protéines, mais aussi en fer pour tonifier le sang. Connu depuis la nuit des temps, tant en diététique qu’en pharmacopée, on le trouve dans toutes les épiceries chinoises, les supermarchés au rayon asiatique et de plus en plus dans les magasins Bio.

Au 19e siècle, en Amérique du Nord, les ouvriers chinois qui posaient les voies ferrées, en dépit des conditions de vie et de travail difficiles, parvinrent à maintenir un niveau raisonnable de santé grâce à l’association de Riz, de champignons noirs et de fleurs d’hémérocalles séchées (Jin Zhen) considérées comme un légume.

Un proverbe chinois dit : « Manger Hei Mu Er permet de lutter contre la faim, d’alléger le corps et de renforcer la volonté ».

Que dit la médecine chinoise ?

Le champignon noir chinois, Hei Mu Er, est de saveur Douce et de nature Neutre.

Les méridiens-organes cibles sont ceux de :

Estomac

Poumon

Gros intestin.

Ses actions principales sont :

De rafraîchir le sang

D’arrêter les saignements.

D’humecter le Poumon

Nourrir le Yin

De renforcer l’Estomac

*En humectant le Poumon, nous disons en MTC en « nourrissant le Yin », il est considéré comme un expectorant et un humidifiant. Il est fréquemment utilisé par les cuisinières chinoises en cas de toux sèche sans mucosités, ou très peu et  difficile à expectorer.

*On dit en médecine chinoise, le Poumon « contrôle la peau ». Le champignon noir a donc sur elle une action de lubrification et de tonification, donc d’embellissement. Il permet entre autres de s’opposer à l’apparition de tâches noires sur celle-ci.

*Nous savons d’autre part que le Poumon et le Gros intestin font partie d’un même « logiciel organe ». En humectant et en lissant le Gros intestin, ce champignon combat la constipation.

*Des problèmes de stagnation d’aliments au niveau de l’estomac (les médecins chinois appellent cela « amas d’aliments »), un manque de lubrification du bol alimentaire lié à l’absence de salive conséquence d’un défaut de mastication, une alimentation trop riche et « Yanguisante » (graisses saturées, sucres..), peut affaiblir le Yin de l’Estomac. Le Yang augmente : c’est de la chaleur. Le champignon noir a comme action de régénérer la paroi intestinale (anti-ulcère). C’est  aussi un hydratant et un lubrifiant de tout le système digestif (gorge, œsophage, estomac, intestin).

*Cette chaleur peut générer un état que l’on appelle « chaleur dans le sang » en MTC. On dit alors que cet excès de Yang « agite le Sang » et provoque des saignements. En tonifiant la Rate et le Poumon, le champignon noir a comme action d’agir sur les vomissements de sang, sur les douleurs mictionnelles avec sang dans les urines, les hémorroïdes sanguinolentes, les métrorragies. En effet, il permet d’arrêter les saignements en « rafraîchissant le sang ».

*Consommé régulièrement, ce champignon permet de lutter contre les terrains allergiques et renforce la résistance du Poumon évitant rhume des foins et coup de froid.

*Infusé dans du lait ou du vinaigre, on l’emploie en gargarisme contre les angines. Il peut être aussi utilisé comme collyres, après macération dans de l’eau bouillie.

Que disent les recherches modernes ?

L’oreille-de-Judas renferme des polysaccharides (mannose, glucoses, xylose..) mais aussi du glucane.

Il est riche en provitamine D et Vit du groupe B.

Il est constitué de colloïdes utilisés pour purger l’estomac et les intestins.

De la vit. K  pour réduire la formation de caillots.

Il est très riche en calcium, potassium, phosphore, sélénium, fer.

Il possède des vertus purificatrices du sang en régulant le taux de cholestérol et réduisant l’HTA. Il permet aussi de stimuler les défenses immunitaires, de diminuer l’état de stress.

Il possède le triple avantage d’être peu calorique, de contenir beaucoup de protéines, mais surtout beaucoup de fibre pour augmenter le péristaltisme intestinal.

Mode de préparation

*Le champignon noir peut être consommé bouilli, sauté, à l’étuvé, en soupe. Il accompagne une infinité de plats dans la cuisine chinoise.

*En Chine, on ne consomme jamais crus ce champignon. Il est même considéré comme indigeste.

*Quand on le consomme pour ses vertus thérapeutiques spécifiques, on en fait une décoction et on mange le champignon en même temps que l’on en boit le liquide.

*Faire tremper 4-5 champignons dans de l’eau tiède jusqu’à ce qu’ils ramollissent. En règle général, pendant toute une nuit. On le découpe ensuite en lanières et on les incorpore dans un bouillon de soupe pour la cuisson. Comme ils n’ont aucun goût, on doit les mélanger pour le plaisir du palais avec quelques champignons parfumés ou shiitakes.

*Une fois réhydraté, il ne se conserve pas. Il convient donc de le consommer rapidement. Par contre sous sa forme sèche, il peut se conserver de très nombreux mois.

*En Chine on trouve souvent le champignon noir d’automne, Qiu Mu ER, qui est beaucoup plus petit que celui cueilli au printemps et qui se réhydrate mieux. Leurs propriétés culinaires et médicinales sont plus importantes que l’oreille-de-Judas courante.

Contre-indications

Il convient de ne pas en faire une surconsommation. En consommation normale (4 à 5 champignons) il permet d’agir sur la circulation sanguine et arrêter certaines hémorragies. En surconsommation, c’est l’effet inverse qui peut se produire. Il  pourra provoquer ce que l’on appelle le « syndrome de Sichuan », une atteinte plaquettaire responsable d’hémorragies.

Conclusion

Certains vont se faire peur en expliquant que ces champignons captent les métaux lourds et risquent donc d’être pollués C’est vrai et faux en même temps. Ce n’est qu’une question de quantités. À titre d’exemple, je vous rappelle qu’un point d’acupuncture peut guérir une personne. Mais si vous portez un coup puissant dessus, vous pouvez obtenir l’effet inverse et la tuer. En se tenant à la loi des « neuf jours » en diététique qui prône la diversité des aliments, et le dosage quotidien donné par la tradition (ici 4-5 champignons) vous ne pourrez que tirer la quintessence bénéfique de l’oreille-de-Judas.

La GRUE

La grue est une grande dame pleine de classe et d’élégance, son vol est gracieux.

La grue est calme, apaisante comme l’énergie de l’automne après l’euphorie de l’été.

Le pratiquant s’efforcera d’intégrer cette noblesse naturelle, toujours conscient de son axe.

Les mouvements de la grue renforcent les poumons, apaisent le cœur, en travaillant sur l’ouverture de la cage thoracique, sur la respiration, sur le relâché de chaque articulation des membres supérieurs pour stimuler les poumons.

Nous y voilà, c’est l’Automne, le temps  se rafraichit, il  pleut, les feuilles tombent.

Les journées  raccourcissent.

Et l’on se sent un peu triste, un peu mélancolique, fatigué…

Pas de soucis: c’est de saison !

La nature se prépare pour l’hiver, tout se ralentit et entame son repli.

L’automne est associé au sentiment de la tristesse, à l’élément métal, à la couleur blanche et son animal symbole est l’oiseau, la grue.

L’organe associé est le Poumon, c’est lui qui règle le débit de l’énergie dans les méridiens.

Le Poumon a la charge de la respiration, il se nourrit du Qi de l’air qu’il combine avec celui des aliments.

Le Poumon, seul organe directement « ouvert vers l’extérieur », (il gouverne l’ouverture et la fermeture des pores, le nez et la gorge), est vulnérable: la MTC lui attribue un rôle important dans la distribution de l’énergie défensive.

C’est donc une bonne saison pour renforcer le poumon (et éviter quelques rhumes et sinusites… sans parler de la fameuse grippe ).

Fourbissons nos armes !

Un bon massage des ailes du nez aux premiers signes de méchant rhume peut parfois suffire à court-circuiter l’attaque !

Dans le Qi Gong des 5 animaux, l’oiseau nous permet d’étirer les méridiens du Poumon (et du Gros Intestin qui est « l’entraille » associée), de libérer les émotions emprisonnées dans les fascias, de fortifier la poitrine, de faire jouer muscles et tendons pour débloquer le haut du dos, les épaules, les bras.

Les exercices :

–       stimulent Du Mai et Ren Mai les deux « vaisseaux » (gouverneur à l’arrière  et concepteur à l’avant), favorisant une meilleure amplitude respiratoire.

–       sollicitent aussi le sens de l’équilibre.

–       opèrent un massage du cœur et des poumons grâce aux mouvements des bras.

–       activent les méridiens du poumon et Gros Intestin.

 

Les émotions apparentées à la tristesse: la peine, le chagrin, les remords, la mélancolie, l’affliction, la désolation « blessent » le Poumon.

Une tristesse vécue sur une  longue période  diminue ou épuise le Qi et attaque le Poumon (essoufflement, fatigue, états dépressifs, voix faible, pleurs, etc…).

 

Conclusion: Ne vous laissez pas abattre, faites l’oiseau si vous avez le moral dans les chaussettes, et prenez votre envol automnal vers de nouveaux horizons…
Et surtout RESPIREZ !